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Je revois Sylvie en matinée. Je crois que nous pourrions vraiment sortir ensemble. Je ne suis pas très beau, à vrai dire, je crains même d’être un peu quelconque. Mais avec elle, c’est différent. Je me sens différent. Je me sens bien, détendu. Quand elle me regarde, je me trouve agréable à entendre et il m’est arrivé à plusieurs reprises de la faire rire. Jusqu’aux larmes. Elle pleurait parce que je lui expliquais comment j’avais réussi à dénoncer autant de Juifs sans jamais me compromettre à la Libération. Il y a comme ça des gens quelconques qui pour autant ont des vies extraordinaires. J’ai une vie extraordinaire. Je fais partie de ces hommes qui ont applaudi Laval puis de Gaulle ; c’est qu’en France, on ne sait jamais sur quel pied danser et quand j’écrase par maladresse celui de Sylvie lors d’un bal du quatorze juillet, elle me dit dans l’oreille : " maintenant rentrons, Félix, j’ai envie de vous ".

J’ai beaucoup de chance avec les femmes.