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J’avais toujours l’impression qu’avec lui, nous aurions pu aller au bout du monde. Nous avions pour cela une expression : " mon cul pour une berline ", ça voulait dire que nous aurions été prêts à nous vendre pour embarquer vers n’importe quelle destination. Mon cul pour une berline. Un jour, un homme nous a proposé un marché. Il nous paye l’aller jusqu’à San Francisco en échange de quoi nous devions lustrer une semaine durant son zob. Je n’étais pas très chaud mais Tim ne s’est posé aucune question et c’est le 23 avril 1972 que nous avons posé les pieds pour la première fois sur le sol américain. Nous avions sur nous un duvet étouffé dans un sac à dos trop étroit et l’adresse d’un cousin d’une amie dont nous nous aperçûmes bientôt qu’il avait disparu depuis près de dix ans et que son appartement était habité depuis par des sortes de vieux grincheux qui fumaient la pipe et sortaient le chien seulement après huit heures. C’est chez eux que nous nous sommes faits embaucher comme apprentis jardiniers et c’est comme ça que j’ai fini par rencontrer leur fille, Christina. Tim m’en voudra à vie.