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Je suis professeur dans un collège de trois cent cinquante élèves. La plupart sont issus d’un bon milieu social. Ils sont assidus, consciencieux, ils montrent une certaine curiosité à l’endroit des sciences humaines et ne rechignent jamais devant une interrogation surprise ou la lecture d’une œuvre difficile comme celle de Claudel. Ma classe de sixième comporte vingt six garçons contre treize filles. Parmi elles, il y a la petite Aurélie qui a encore bien du mal à lire. Son père m’a expliqué qu’elle est un peu perturbée ces temps-ci parce sa mère vient de mettre les voiles avec un homme d'une vingtaine d'années. Le père d’Aurélie est confus de me rapporter tout ça, il voudrait simplement que sa fille s’en sorte, c’est tout. Aurélie a les mêmes yeux que son père. Son père est charmant, il a quelque chose de tendre dans le regard et depuis notre première rencontre dans cette classe du deuxième étage, je songe beaucoup à lui. Si Aurélie souhaite une nouvelle maman, je veux bien être celle-là. Voilà à quoi je pense. Je vais convoquer à nouveau son père, quitte à me ridiculiser. |