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L’homme parlait à l’oreille de sa moto. Il n’avait qu’elle dans sa vie. Sinon c’était un homme seul, pas vraiment intéressant sans pour autant être quelconque. Il venait du Nord, il avait travaillé pour les usines Kapiter et sa moto et lui avaient à peu près tout vu, la mer, les montagnes, les volcans, les prairies. Sa moto avait un nom, Iressa. Une plaque d’immatriculation dorée et un bruit de pot d’échappement qui n’en finissait pas d’agacer les voisins aux cous gras. Moi, ça ne me dérangeait pas quand il la faisait démarrer au petit matin. Au contraire. De le savoir là, tout près de moi, tassé sur sa moto, de le deviner aussi libre, aussi confiant, ça me donnait l’envie de vivre comme lui et de le pourchasser jusque dans mes rêves.