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En 1942, ma mère n’était encore qu’un nourrisson prématuré. Ma grand-mère veillait avec vigilance sur elle. C’était un hiver froid et sec et les gens du village n’avaient pas grand chose pour remplir leurs assiettes. Ma mère a failli mourir plusieurs fois cet hiver là. Il manquait des couvertures, du lait chaud et ma grand-mère se démenait comme une folle pour trouver des pommes de terre qui n’auraient pas germé ou du rutabagas. Ma grand-mère était une femme courageuse, mère de cinq enfants dont l’un d’entre eux, l’aîné, avait été arrêté par la milice sous prétexte qu’il avait inscrit sur le mur de la caserne des obscénités sur Pétain et Laval. Ma grand-mère était inconsolable depuis son arrestation. Et elle s’est mise à perdre la boule. Jusqu’à la démence. En avril 1943, les trois frères et sœurs de ma mère ont été retrouvés pendus dans le grenier. L’un d’entre eux avait le visage complètement arraché.

Ma mère ne s’explique toujours pourquoi sa mère l'a épargnée.