Il
m’évite. Au salon, si je regarde la télévision,
il reste à la cuisine, il dit qu’il fait ses devoirs. Quand,
le soir, je m’apprête à aller me coucher, je n’ose
même plus m’arrêter devant la porte de sa chambre.
Il a sa tête cachée sous les draps.
Ce
qu’il me reproche ? Il dit que c’est ma faute si son père
est parti de la maison. Il dit que si je n’avais pas crié
autant, papa serait resté à la maison et nous aurions
pu partir en vacances tous les trois ensemble, comme avant.
Si
je disais à Tommy que son père est un vicieux dans
son genre, me croirait-il au moins ? Qu’avant de me connaître,
son père mettait les filles sur le trottoir et qu’à
ce jour Tommy doit être l’aîné d’une famille
de demi frères et sœurs qui n’ont pas tous eu la chance d’avoir
un toit, une scolarité normale et une mère affectueuse ?
Il
m’arrive parfois de vouloir cracher le morceau, juste pour avoir
l’impression d’être moins sale à ses yeux.