074

C’est à New-York et pas ailleurs que j’ai décidé de faire ma vie. Je vais travailler dans une galerie, dans le centre de la ville (je ne connais pas encore tout à fait le nom des quartiers, des rues mais des lieux comme le Village me font littéralement planer). J’ai mis de l’argent de côté et c’est ma tante de Pennsylvanie qui me loue un tout petit appartement. D’après les photos que j’ai reçues la semaine dernière, je sais par avance que je ne dois pas m’attendre au grand luxe. Et puis tatan n’a jamais eu un goût très sûr pour les choses courantes mais tatan est plutôt riche et me voue un culte depuis que, après cet accident de ski qui aurait dû me coûter la vie, je marche avec deux prothèses. Les tatans ont cette faculté étrange de s’attendrir sur les êtres décharnés, décharnés comme je le suis je veux dire. A New-York, on ne me regardera plus avec ce visage de travers, avec ce sourire de fausse connivence. Je ne veux plus vivre dans les apparences et c’est pour cette raison que je me sentirai bien là-bas.