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Je ne sors plus de chez moi depuis que j’ai acheté son dernier album. Je suis en transe, non, c’est vrai, je délire pas, c’est comme si je montais sur un chariot qui irait très vite, un peu comme ces grosses caisses que poussaient les mineurs, et que je n’arrive pas à trouver la pédale pour freiner tellement je me sens dépasser par la vitesse. La vitesse, les yeux ébouriffés, c’est vraiment d’un autre ordre que tout ce que le réel, les trucs de tous les jours je veux dire, donnent à entendre parce que finalement, c’est toujours les mêmes sons, partout, quand c’est pas un type qui klaxonne, c’est une vieille qui gueule après son caddy, ou des conneries de ce genre, mais au fond, c’est toujours la même petite musique du dehors avec ses cuivres, sa grosse batterie, ses cordes, la même plongée en apnée dans un bain crapoteux où les gens ne s’entendent plus parce qu’ils s’écoutent parler, tout ça parce qu’à la maison, on n’est pas foutu de baisser le son, qu’on n’est pas foutu de dire à ses gosses qu’on les aime et qu’une bonne fois pour toutes, ça ne suffira jamais assez de le dire, et que les marins sont peut-être les seuls ici à prendre le grand large sans se poser la question de nous laisser à quai, nous autres, avec une besace pleine de morpions, de morve et de fureur salée dans les oreilles au point qu’il n’y aura bientôt plus de médecin spécialisé pour soigner nos égratignures, nos maladies de peau qu’on voudrait troquer contre un peu de crème au sang chaud, pour se dire, qu’entre nous, il peut rester encore un peu de tendresse et des mots tissés dans la douceur. Que c’est possible en soi. |