|
088 |
Devant Picasso, je ne ressens rien. Absolument rien. Je ne vois pas pourquoi les gens s’extasient devant ses toiles. Pour moi, Picasso, c’est un petit glandeur du sud qui n’a jamais rien foutu de sa vie à part tremper ses doigts dans des petits pots de peinture. Et puis, ses relations avec les femmes, quelle crapule celui-là. Ce n’est pas parce qu’on a du succès qu’on doit se croire tout permis et faire du mal aux autres. Moi par exemple, j’ai toujours aimé ma femme et fait preuve d’une grande tendresse avec elle. C’est que, à la différence de l’espagnol, mes toiles ne me prenaient pas tout le temps de ma vie. J’ai beaucoup voyagé avec ma femme, les îles surtout, nous avons rencontré au cours de notre existence des gens passionnants dont certains trouvaient mes tableaux admirables. Mais j’ai toujours eu grand mal à me vendre et ma femme m’a souvent reproché de ne pas rechercher le succès. Jusqu’au jour où, lassée par mes velléités d’artistes, elle m’a quitté. Dois-je le dire : comme une merde. |