Je
sais qu’il est très facile de se complaire. De dire tout
haut ce qui ne va pas, d’en faire des tonnes pour être un
peu entendu.
Je
ne supporte pas ce que je suis devenu. Si je vous disais que j’ai
été triple champion en natation il y a de cela quarante
ans, vous n’en reviendriez, n’est-ce pas ? Vous penseriez que
je vous raconte des haricots et que je me fous de votre gueule.
Pourtant, c’est bien la vérité.
J’adorais la natation, c’était un peu comme une seconde
femme dans ma vie. Une passion de quarante ans, interrompue
par cette foutue maladie dont je n’arrive pas à me défaire.
Je suis contraint de rester dans cette chaise roulante, pendu
aux lèvres des médecins qui révèlent
leurs pronostics au goutte à goutte. Autant dire que
je ne sais rien sur l’évolution
de ma maladie. Ma maladie. Moi qui pensais mourir d’avoir trop
vécu, c’est raté.