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Pour accéder à mon coffre, je dois composer huit numéros. Le quatre, le huit, trois fois le deux, deux fois le un et le neuf. Cela maintenant bientôt trente ans que je possède le même numéro au grand dam de mes conseillers financiers qui me supplient d’en changer l’ordre. Par sécurité disent-ils. Mais je ne veux rien changer à mes habitudes. 4822219, c’est un matricule auquel je tiens. A Dachau, j’étais le matricule avisé de réparer les bottes des officiers SS. C’est comme ça que j’ai échappé aux chambres et que j’ai pu fonder à mon retour une vraie famille .

Mais qu’en savent-ils de tout ça, ces petits merdeux à cravate qui crachent dans l’assiette quand je décide de vendre mes actions ou de m’éclipser chez mes enfants lorsque j’ai le sommeil encombré par de mauvais souvenirs ? Que savent-ils de la souffrance, que savent-ils du poison de la violence et du bruit des chiens reniflant jusqu’au dernier des cadavres décharnés ?

Je vis dans un pays peuplé d’arbalètes et de loups et il m’arrive de penser que je n’ai plus de place parmi eux, maintenant que je suis devenu un fantôme à mon tour.