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- Je n’ai pas d’opinion politique parce que la politique m’a toujours paru vaine, démesurément artificielle. Quand je combattai auprès de mes camarades, nous étions pour ainsi dire tous liés par l’irrépressible envie d’en finir et vite. Une fois la guerre terminée, nous avons déchiré la carte du Parti et nous nous sommes jurés de ne plus jamais honorer les urnes de notre vote.

- Moi, je suis devenu anarchiste dans ces années de vache maigre. J’appartenais à un groupe minoritaire qui prônait la violence radicale et préconisait des actions terroristes contre les têtes pensantes du gouvernement. Nous avions des réseaux dans à peu toutes les régions du nord et nous avons cru pendant longtemps que nous serions suivis par les militants du CREDEF qui espéraient de leur côté -mais nous ne le savions pas alors- fusionner avec les anciens bolchos. C’était une époque très agitée et nous avons commis, je dois l’avouer, beaucoup d’erreurs et d’amalgames douteux.

- Oui, et si tu n’avais pas commis toutes ces erreurs comme tu le laisses entendre, il y a de fortes chances pour que nous ne nous soyons jamais rencontrés.

- Nous avions un destin, c’est tout.

- Un destin fait de soufre et de larmes, ne l’oublie jamais, Mathias. Le soufre et les larmes.