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JUSTE UN GANT…

Juste un gant pour caresser le monde... Certains optent pour le crin, d'autres pour le velours, noir de préférence. Une goutte de velouté dans la potion amère des jours.
Une écharpe enroulée autour de la gorge, qui serre et qui serre ! Serpent tacheté, ennemi prédestiné. Les tympans oscillent le long des cathédrales voûtées, les dragons ivres scintillent sous leurs carapaces dorées. Il y a des vierges qui se jettent du haut des balustrades et leurs cris viennent se briser sur le silence en fer forgé...
Le soleil ne rougit plus à l'heure où les scandales s'éparpillent sur les toits, c'est la lune blafarde, vêtue de cuir, qui s'avance sur un tapis de chair étoilée, pour venir fouetter nos rêves endormis. La lune, grimaçante, épinglée à la fenêtre dans un bain de sang !
L'amour gémit et se tord dans la poussière. Le cœur s'éteint sans une prière et voici l'âme, qui s'en va, par les froids chemins, solitaire...
Juste un gant pour caresser le monde et cacher nos doigts glacés, de peur qu'ils ne se brisent sur la réalité.


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Feuillet 8 pages
1 euro (port compris)
Isbn 2-84717-018-9
© ambition chocolatée et déconfiture, lyon, 2003.

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NUMERIQUE

Plus d'infos sur l'auteure
CATHY GARCIA

plus d'infos sur l'illustratrice
BLANDINE JULLIEN

JE BOIS, FIN DE SIECLE et VASTE PANDEMONIUM sont extraits du recueil Pandémonium 1 (éd. Clapas, 2001).
LE REVE DU TRIDENT est extrait de Fragments de tout et de rien (éd. Clapas, 2001).

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JE BOIS

Je bois au luxe pâle des galeries dans le lit des rivières sacrées,
Aux mosaïques lumineuses du panthéon des muses
Et leurs attelages de félins !
Je bois à l'odeur circassienne des musiques de départ,
Au goût frais et humide du voyage,
Aux atomes de rêves dans le sang,
Je bois au désir de révolte qui bat dans les cœurs limpides
Et à la vérité qui chemine aveuglée de poussière !
Je bois le désert, je bois la soif,
Je bois comme je marche,
Jusqu'à la réflexion ultime,
Jusqu'au miroir insondable,
Cette source glacée qui nous a enfantée !
Je bois au centre du cercle
Et je bois aux quatre directions,
Je bois les étoiles cachées sous le sable,
Je bois les parfums cachés sous la peau.
Je bois à la magie, à l'union, au mystère,
Je bois la flamme et la révélation.
Je bois à l'être singulier
Qui donne ses sens aux multitudes !
Je bois les frissons du vent
Et la montée de la rage,
Je bois aux anges dégringolés,
Je bois le rire de l'Homme à l'infini.




 

FIN DE SIECLE

De l'or liquide sous les charniers,
De l'or et toutes les compromissions !
Les dollars balaient l'échiquier,
Le monde trinque à leur santé !
Sur le tranchant de l'horizon
Entre balafres et déchirures,
Voici les derniers métèques
Soignant les affres de l'échec !
Sur l'océan des contusions,
Entre naufrage et pourriture,
Voici les derniers chiens sauvages
Qui dérapent, fous sur l'échiquier !
Les oubliés de la chance
Tout pleins de feu et de rage,
Ont arraché leurs vieilles chaînes !
Ils ont dévoré leurs cages
Et se sont évadés
Pour un cruel voyage
Entre foules et marées.
L'or dégringole l'escalier
Sur un tapis ensanglanté.
Buvons, buvons à satiété
L'or de nos veines déchirées !




 

DEUIL ET STRASS

Les violons cendrés sous un strabisme de potence, jouent pour les masques cintrés sur des corps en démence, astiqués comme les cuivres d'un salon d'apothicaire.
Une pièce cousue dans le pantalon, des monarques en galipettes forcent l'admiration des pingouins en guinguette. Cérémonies sans absolution. Ils rêvent à des grabats dorés, la salive à la main. Leurs boucles frissonnantes sont des valises à la mer qui parlent de voyages au long train, d'amour au long cours...
Les marins qui se moquent de ces étoiles, sur les quais enivrés, en rigolent encore. La dernière est tombée au fond du port la nuit dernière et brille comme le cul d'une bouteille.
C'est ce qui se raconte là-bas, derrière les aurores salées, sur les filets étendus en travers des regards... Là où les filles couchent avec les bouchers, là où les mouches ne savent plus à qui se donner.
Amours de pagaille, les pleurs s'enlisent à tire-d'aile dans un vase d'orchidées, mortes ce matin même, au petit jour, leurs corps flétris tournés vers le carreau d'une fenêtre sans histoire.
C'est là qu'il songe, le vieil apothicaire, à des violons gantés de noir.

 




 

LE REVE DU TRIDENT

Il a fixé ses étendards glacés sur le sommet de son regard. Il a martelé son cœur avec un burin d'acier et ses doigts bleuis se sont effilés sur la dentelle.
La distance a claqué au vent et les monstres ont claqué des dents. la peur a rougi et les murs sont devenus fissures. Le soleil a basculé pour une dernière fois derrière les remparts de la mémoire. La foule assagie a sombré dans le noir et les oiseaux humides ont frôlé de leurs ailes, les grandes colonnes du temps.
Le vent a mugi au chant des sirènes et l'océan a roulé ses vastes tambours aux crêtes épineuses. La glaise bleue s'est muée en statues, des fruits sont tombés des coquillages en corolles et le sel a fleuri sur les lèvres marines.
Un dieu tremblant a soupiré et les conques ont soufflé sur ses rides. Le calme est revenu, limpide, et avec lui les ballets d'opalines. Un par un, les joyaux translucides se sont allumés, balisant le chemin des ombres diaphanes.
L'ancien dieu s'est assoupi et un nouveau berce l'horizon. Des poissons d'or filent entre ses doigts pour aller chatouiller les rêves des méduses.

 




 

VASTE PANDEMONIUM

Un jour, un instant qui passe
Et qui jamais plus ne reviendra.
La mer et le ciel s'embrassent
Et bientôt, la lune apparaîtra
Au bras de la nuit, vêtue de brume.
De jeunes sirènes langoureuses
Joueront dans les tourbillons d'écume,
Insouciantes et malicieuses,
Hélas...
Vastes, trop vastes courants
Qui dévastent les contrées...
A la boue se mêlent des flots de sang
Et les nuages en ont la nausée.
Vastes, trop vastes déserts
Où ne pousse que la rocaille,
Où les sources sont amères,
Pleines de carcasses de bétail.
La sécheresse impitoyable
Jette les gens sur les routes.
Livrés à tous les diables,
Ils finiront sans aucun doute
A la lisière des villes,
Grossir le flot des sans-abri,
Les rats des bidonvilles
Dans les poubelles des nantis.
Vaste, trop vaste misère
Qui déploie ses ailes rognées
Sur les rêves révolutionnaires,
Et les populations non désirées.
Vaste, trop vaste roman
Que celui des hommes vainqueurs
De la mort et du temps,
Terrible et fatale erreur !
Froide folie de la science corrompue,
Mensonge crapuleux des bien pensants,
Maîtres incontestés de tous les abus,
Vaste conspiration des tout-puissants !
Et puis vaste,
Trop vaste amour dans mon cœur,
Pour ne pas qu'il déborde
Et se mêle de vivre !
Pour ne pas qu'il morde,
Je le glisse dans un livre
Trop vaste pour se taire !
Regardez donc la misère !
Ne vous laissez pas abuser
Par son odeur de fatalité !
Osez donc vous approcher,
Venez voir où elle est née !
C'est la fille cachée de la richesse,
Le versant obscur de l'excès de vitesse,
Rien ne pourra jamais l'excuser
Et je crache sur les pouvoirs scélérats,
Tous les grands favoris des médias,
Les criminels au grand jour jamais poursuivis !
Oui, je crache et je vomis
Sur du papier blanchi au chlore,
Les forêts abattues, les terres ravagées,
Des fleuves de mercure,
Des peuples sacrifiés !
Des cicatrices qui brûlent encore,
Des cicatrices que j'ai faites miennes.

 




 

INSOLATION D'HIVER

Les anges en rajoutent,
voici un ragoût de mauvaises intentions,
une marmite viscérale en plein carrefour à midi !
Une noisette de beurre aux amandes,
sur un canapé sorti du four aux allumeuses !
Une miette de Néandertal
au coin de la bouche d'une mauviette !
Le tronc coupé en deux,
où sont les membres de l'assemblée élue ?
Il y a ici des mauvais christs
qui se saoulent au cinabre et brandissent en guise de toasts, des chapelets de crânes humains.
Il y a aussi de bons démons
qui ravalent leur lave avant d'entrer dans la salle de bains.
Il y a ces milliards de têtards curieux
qui partent à l'assaut d'une planète discriminatoire,
des confréries de poussins amphibies aux courbes fluctuantes !
Jamais, au grand jamais, il ne faut tenter de pousser pour être devant, car devant peut-être se trouve le gouffre, du genre à vous happer !
Personne ne sait ce que sont devenus les happés, on connaît seulement l'histoire qui dit qu'ils n'en sont jamais revenus…
Mariez vous à l'église et divorcez dans vos lits, mais de grâce, laissez l'amour hors de tout ça !
Laissez les mots que vous ne comprenez pas et si vous voyez une explication, n'y touchez pas !

 




 

LA GRANDE BOUFFE

Gargantuesque désir pour des appâts de chairs fumantes, en montagnes dégoulinantes. Obscène gosier éructant et nauséabond, engloutisseur de matière sanguinolente. Crocs carnassiers qui se déchaussent à force de gloutonneries visqueuses.
L'indigne engeance des ogres, échappée des livres de contes, dévore les peuples et détruit leur mémoire.
Combien de petits poucets dans le monde croupissent en prison, soumis aux plus basses tortures ? Combien pourrissent à même le sol ?
Réfugiés au cœur des forêts impénétrables, dans le repli de quelques montagnes désolées, combien sont-ils encore à lutter ?
Partout dans le monde, combien de fées sont-elles séquestrées, violées, mutilées, momifiées sous des bandelettes noires qui ne laissent entrevoir que leur regard brisé, quand elles ne sont pas vendues sur les trottoirs ?
Et dans les grandes usines du pouvoir, l'argent flambe et les miséreux roussissent ! Les ogrillons attablés, goguenards, les yeux rivés sur leur fourchette, attendent de les voir tomber à point dans l'assiette, tandis que leurs émissaires de tous bords discutent la bouche pleine, sur la nécessité d'acheter une nouvelle salière...

 




 

LE SEPTIEME SENS

L'âme nue, coquillage brisé
Dans un mouchoir de peau.
Une algue violette
Au cœur du ruisseau,
Un trou dans le four à vie !
L'air d'un rire, sa note, son parfum,
Puis la coupe noire, vin du pirate,
Les fards du défunt.
Mains sur le corps
Mirage !
L'île, clé du silence,
La valse des innocents
Accrochés aux nuages.
Caractères de loups tendres,
Des lunes
Trop pleines d'attendre,
Trouver où ranger
La toile et le venin !
Le chant de l'oiseau dans la neige,
L'enfant rouge avale un rasoir.
La traînée sombre du cortège,
Le port défendu de l'espoir.
Peut-être un dernier vol ivre
Vers la dent de l'Eden,
Pour jeter têtes vives
Les bourreaux dans l'aven !

 




 

LA CIBLE AMNESIQUE

Amour amadoué
Par un Mozart
Criblé de ratures.

Poisson et carapace d'or,
Vieux lézard taciturne,
Chien bleu des sables qui mord,
Martin-pêcheur de lunes.

Queues de scorpions
Plongées dans la peinture,
Œil de papillon
Accroché aux ceintures.

Soupir gommé par trop d'azur
Dans un nouvel accès de fièvre,
Dévorant le ciment des murs,
Pendu au masque rouge des lèvres.

De l'amour
Braconné
Ne reste
Qu'une plume.

 




 

OISEAUX II

Oiseaux fous, oiseaux ivres,
Fuyant par milliers
Le vacarme des cités tendues,
Prêtes à exploser.
Oiseaux fous,
Oiseaux ivres,
Portant haut
Le vaste drapeau déchiré
Du ciel,
Vos cris se perdent
Sur les océans migrateurs,
Vos plumes se mêlent
A leurs pleurs
Et rougissent
Les pages du monde.
Nuit d'encre
Où se noient
Les rêves
De l'albatros.
Poète,
Marche,
Vole !
Les hommes
Riront toujours de toi !
Tailler les jours
Entailler l'os,
La marée épaisse
Des rêves écorchés.
Oter à l'oiseau
Le droit de voler
Oter à l'humain
Toute volonté,
Couper les ailes
Trancher la main
Fabriquer des implants
De haine,
Des lois taillées
Sur des peaux blêmes,
Et pour mieux encore
Manipuler,
Pénétrer au cœur même
Du sang
Et du gène !
Brider l'oiseau
Briser l'humain,
Mais toi poète,
Marche,
Vole,
Que les Hommes,
S'il en reste,
Puissent encore rire,
De toi !

 




 

LE SEL GLACE

Il y a ces trous blessés,
Des taches sur les corps
Étrangement sablés
De particules d'or.
Cette poussière maudite
Des papillons nucléaires,
Qui glisse, anthracite
Aux yeux béants de Pluton.
Les mèches d'une Gorgone,
Répandue comme la boue
Aux pieds des pylônes
Toujours au garde à vous !
Il y a là trois soleils
De lumière électrique
Au plafond bétonné
Des nuits analgésiques
Et les petites sœurs souterraines,
Siamoises écartelées,
Se tordent et se taillent les veines
Sur la planche à découper.
Tous les docteurs es-humanité
Se sont penchés sur elles
Avec des yeux sans fièvre.
Derrière des masques blancs.
Chirurgie froide, scalpel de l'âme,
Leurs doigts blêmes se promènent
Sur les contours du monde.

 




 

FUGUE

Santal Casamance
Dédale et romance
Papier de sable
Parfum des diables
Valdingue manouche
Bourlingue babouche
Effleurer le ciel
Lécher son miel
Et disparaître
Aux confins confus
Du monde.