BOIS : POÈMES CONSOMMÉS
1
Et voilà le temps passe
Non pas panse
Les souvenirs se glacent
Les paniers n'ont plus d'anse
On ne t'a rien promis
A qui jeter la pierre
C'est le goût de la vie
Tu l'as trouvée amère
A quoi sert de promettre
Il faut garder la face
Etre être être
Le reflet et la trace
Les plaies sont à la chair
Comme autant de miroirs
C'est une source claire
Dans laquelle se boire
La Croix-Rousse n'est plus
Ce beau palais de glace
Aimé et parcouru
Tant de fois Peu d'espace
Des idiots et des niais
S'en jouent et te réclament
Des désirs trop abstraits
Ont envahi ton âme
Tu te tais tu te tais
Tu serres en vain les dents
Et te terres à jamais
Anéantie dedans
La vie est un mensonge
Une illusion fugace
Le temps triche et l'on plonge
Non pas panse mais passe.
2
Voilà ton corps miraculé
Revenu de bien loin
Dans mes rêves arrêté
Ton dos, ton cou, tes mains
Tu me parles en secret
Et je comprends soudain
Qui je suis où tu es
Pourquoi de septembre le grain
Un sable glissé dans la vie
Qui défilait filait le temps
Septembre et ton visage enfui
Septembre violemment
Tu visites mon cur
Mon esprit plein de toi
Sait exactement quoi
Dire et faire de ma peur
Réelle et absolue
Pourtant évanescente
Tu restes qui tu fus
Cette présence absente.
3
Prends patience la nuit
Bat comme un tambour et ta main
Cherche mon cou quelques amis
T'enlacent c'est presque le matin
Prends patience je dis
Tu joues de mon visage en vain
Resserre-moi un peu de vin
Nous oublierons que tout finit
Même la nuit même la vie.
4
Délicatement posée sur un
Tronc de chêne c'est ta tête
Où vivent mille petites bêtes
A l'air étrangement lointain
C'est ta tête à l'humeur douce
Tes cheveux où la pluie s'égare
Et l'or fixe de ton regard
Ta tête que couvre la mousse
Je soigne patiemment ton âme
Je la câline et je la lèche
Puisque le ciel se dépêche
De s'effondrer sur notre drame
Délicatement posée sur un
Tronc de chêne c'est ta tête
Est-ce bien toi petite bête
Que j'ai sacrifiée ce matin.
5
La cruauté soudaine
D'une violence atone
D'une romance aux tonnes
De délires et de haines
Que le sang vienne encore
Que la pression éclate
Ma bouche à cette date
Mordre les lèvres Mords
Aujourd'hui ou jamais
Dis-moi que tu me hais
La cruauté immonde
De la violente automne
De la romance atone
Qui recouvre le monde
On en est au même point
On éteint la lumière
Délace ta colère
Qu'elle me frappe à deux poings
Aujourd'hui ou jamais
Dis-moi que tu me hais.
6
Je mange les fleurs qui naissent à ton front
Nous irons au bois en jeter poignées
Tes os craqueront dans le ciel léger
Comme sont brisés les cercles de plomb
L'automne s'étonne que je sois l'amie
Des bêtes et des bonnes odeurs de forêt
Il neige ce soir sur nous la nuit
Vers le talus noir s'enfonce et se crée
Ainsi nous en sommes amantes et nouées
C'est tout à fait comme si l'hiver savait
Qu'il faut recouvrir d'un voile bleuté
Notre amour prudent violent et discret
Viens dans les secrets des fleurs enneigées
Sois ce que tu es continent désert
Ceinte de glaces et déniaisée
Que par ta grâce dure notre hiver.
7
Ronde ronde ronde
La lumière qui descend
Et la douleur crue des enfants
Le ballet des oiseaux qui fondent
Au couchant.
8
Le lendemain de Noël
La rue est vide et les enfants
Dorment encore quand se rebellent
Les arbres nus sous le vent
Il fait froid et tu manques au matin
Ta chair et ton goût
Tes seins ta vertu de satin
Nos enlacements doux.
9
Suffirait-il de marcher sur l'onde
De plonger la tête dans le sable
D'attendre patiemment le monde
Et le poing frappé sur la table
Suffirait-il que tu m'aimes un peu
Suffirait-il d'être moins malheureux
Suffirait-il aux ombres d'un espace
Où glisser le chant des mensonges
La déréalité des traces
Que l'onde mange comme en songe.
10
Nos mains se sont un jour mordues
Le hurlement si doux des neiges
A ceint ton front paupières nues
Assiège-moi assiège
Mon cur à ton sourire fendu.
11
Baise-moi
Au bois
Mes hanches s'y attendent
Mes os en vain se tendent
Vers ta brûlure soudaine
Reine arène
Baise-moi
Au bois
Que des étreintes oniriques
En vers de rouges et paniques
Viennent à la lampe en brassées
D'amour se débarrasser
Baise-moi
Au bois
Ô l'obsession du corps
Encore, encore, encore.
12
Je ne me souviens pas très bien
Elle était blonde et silencieuse
Les heures passées au bois des saints
Murmuraient comptines précieuses
A l'heure où les climats penchaient
Où la terre semblait basculer
Auprès des fées de la forêt
Elle se pendait par les pieds
Dans un pressentiment de neige
La belle dérisoire s'en fût
A l'arbre dont elle fit manège
Elle s'est pendue, pendue, pendue.
13
Je ne m'appartiens plus
Les oiseaux roux sont morts
Le vent brisera nos efforts
Et nous tomberons sous la nue
A genoux et perdues
Tu me souris pourtant
L'air étrangement belle
Comme éloignée de celle
Qui t'aime au-delà de son sang
A genoux et ballants
Les bras retombent sur les hanches
Attendant une danse
Qui vienne et recommence
Le combat des dimanches
A genoux et sans lance
Sinon celles des amours
Du lit mouillé et doux
L'air étrangement floues
Tu pars est-ce mon tour
De tomber à genoux ?
14
Et d'un baiser mitraille
Les arriérés et fous
Nous
Et que tes lèvres prononcent
A la maturité délicate
Les mots de vice et ceints de ronce
La voix si grave que mes yeux foncent
Baissés et lâches à la hâte.