RUE DES RALES FLEURIS
passé le coin
des abattoirs
les regards
s'égarent
dans les feuillages
aux abords
des chantiers
à l'abandon
où venu le soir
l'occasion
fait le larron
et l'oubli
engloutit
les gestes
de retenue
AUX ECHOS
le bavard s'est tassé
sur un banc du parc
les lèvres en bataille
personne n'a bronché
les regards ont fui
il a vidé en vrac
le fond de son sac
jusqu'aux absences
histoire d'exiler
la gueule en traînée
des raseurs de murs
suivant leur ombre
pour un simple geste
d'injure aux habitudes
alors que discrète
la récidive guette
la moindre inattention
dans les allées et venues
où la routine distrait
et renverse l'oubli
à chaque faux pas
dérobant à l'instant
les sommes folles
laissées au silence
LES EPONGES
jamais seules
sous les pales
au bistriste tôt
les pépées étiolées
et poudrées à camées
des allées de gravier
ouatées à souhait
entre une bouteille
et quelques verres
même les jours
de brume épaisse
noyant cul sec
le bruit de fond
des conversations
dans les regards
jetés au plafond
LE CHAOTIDIEN
un jour de plus passé
à tuer le temps
dans l'éparpillement
de tous les instants
voués à l'oubli
au point de se demander
si on l'a défait exprès
PASSAGE A VIDE
les gares livides
aux salles des pas perdus
terminus d'une époque
en trompe-l'oeil emportée
dans les rafales de vent
balayant les quais
désertés par la foule
des heures de pointe
partie assister au spectacle
de ses turpitudes
histoire de se divertir
en glissant dans l'oubli
CIELS DE TRAINE
l'ennui grisant
des villes d'eau
les mois de pluie
aux après-midi passées
à faire les cent pas
de couloir en escalier
dans les maisons vides
en attendant les vapeurs
du début de soirée
pour monter au grenier
étancher la torpeur
avant de papillonner
en nage sur les toits
en buvant du regard
les chutes de manne
jusqu'au petit matin
SOUSENCHERES
les défaire-parts
fleurissent en graffiti
des murs aux statues
des places publiques
sous un crachin noyant
l'ivresse des promesses
dans les flaques opaques
des ruelles sans ciel
où la lie de l'oubli se grise
dans les plis du silence
en guise de faire-départ
FUGUES
les sorties
sans retour
par lassitude
des recommencements
plutôt que de se voir
trimbaler à chaque pas
la camisole des forces
laissées dans la routine
L'ECLAT DU PAVE
goûte à la fraîcheur
des traînées d'ombre
tant que miroitent
les flaques rousses
des rues borgnes
la lune pour témoin
pleine à crever
LATITUDES
peu importe le va-et-vient
du geste à la démarche
il est trop tard pour attendre
ce qui n'arrive pas
l'oeil perdu sur la tapisserie
aux motifs familiers
les passeurs d'horizon
se font la belle
à fleur de frisson
pour mieux goûter
aux instants sans retour
L'ATTRAIT
plus de revie
pas de regrets
aucun rappel
juste filer
prendre l'air
jeter les clés
sur-le-champ
et d'un trait
c'est parti
à l'instant
FLOTTEMENT
insolente
d'indolence
tu folâtres
en frôlant
vaporeuse
les volutes
en dentelle
qui volettent
dans le noir
sans cible
FANTASMAGORIE
étoile filante
de cabarêverie
une élégalante
bras en vrille
la langue tirée
toute tatouatée
de cris ravalés
à se trémousser
en bas résilles
dans les fumées
d'heures fuyantes
CONTRE-DON
aux écumeurs de poubelles
et coureuses de gouttières
fuyant les galères douces-amères
mes ailes d'éphémère fardé de chimères
des nuits entières sous les réverbères
avant de tomber par terre en poussière
en souvenir de l'avenir foutu en l'air
NEON
un papillon d'hôtel
sur une fleur de passe
à la nuit tombée
EMBRUNS DE NUIT BLANCHE
les allées et venues
d'ombre en halo
des nuits éraillées
en négligé de rayonne
à l'écoute des sirènes
aux escales filantes
des îles en aiguille
où jonché d'étoiles
le fil du courant passe
par un chas de l'horizon
au large d'un vertige
aux lignes fuyantes
tandis qu'à vau-l'eau
la pendule décompte
en pailletant d'oubli
l'orient des perles
TRAPPE OUVERTE
nuit opaline
en équilibre
sur les aiguilles de la pendule
les ongles en deuil de caresser
l'écume des silences
gagnés par les vagues
du vent coulis
dans la chambre
en confetti d'ombres
aux arrière-goûts
de tête-à-tête-à-queue
PAYVISAGE
les cendres du phénix jetées
une fois pour toutes à la mer
un visage mirage arrive
vert-de-grisé au rivage
le regard étale dans le sillage
des vagues festonnant d'algues
une méduse échouée sur la grève
REFLUX
des coquilles
ensablées
de murmures
à marée basse
sous les nuages
en attendant
les vagues
AU PARC DES STATUES
c'est l'heure de tulle
où les allées fument
et à pas de satin
noctambules et poseurs
sortent des fusains
tout pailletés d'éther
pour rester de marbre
plantés en offrande
au bord des soupirs
sous les bancs de brume
argentant de perles
les branches nues
LIMBES
les après-minuits
de silences interdits
ivre d'ombres
tant elles se laissent boire
au goulot de l'oubli
BAGATELLE
quelques rayons
d'ivresse papillonnent
dans le lierre
pétillant de vert
un verre de rouge
rubis sur l'ongle
qui renverse les vers
frétillants du matin
dans le va-et-vient
des rimes à rien
saisies au vol
sur la terrasse
aux ombres écloses
CUL D'ENTONNOIR
la tête sous les draps
les matins à rallonges
l'absence se découvre
au passage de l'oubli
en attendant la brume
aux griffes de satin
sculptant les sursis
à coups de soupirs
quand tout à coup
le vide s'invite
ivre à la traîne
en trou d'union
il faut partir
à l'instant
là sans
savoir
si
SOMPTUERIE
la flambeuse en fumée
alanguie sur le lit défait
lovée dans les soies folles
de ralentis exquis
voguant à bout portant
en pardessous d'allusion
à la tombée des prétextes
la tête dans les murs abattus
lors des chutes de ton
au fil des sousenchères
l'oeil sur le qui-v'ivre
toutes vannes ouvertes
l'iris en bris de vitrine
la rétine embuée
des gestes inaccomplis
semés dans l'oubli
l'espace d'une absence
au large des marges
les règles ne valant
ni pour tout ni sans cesse
dès que les bornes sont franchies