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1. RITUALISENT
2. AU PREMIER JOUR
3. TROIS FOIS L'AMOUR
4. LA FEMME BANDEE
5. APRES L'AMOUR, DEFAIRE LA FILLE
6. CHIRURGISTE
7. ECARTELE LE BLASON C'EST SON NOM
8. LE BANQUET DES POUPEES

 

RITUALISENT

il était une fois ces dos hantés des tatouages
pâles beautés harnachées haut démembrement limite
peut-être cœur de sept huit neuf cercles
qu'importe, je sais carcans là pour servir
__________
procession silencieuse
elle passe d'un à d'autres
densité autour de la créature

cercle resserre étreinte nous l'éreinte
au centre dévêtent mets en festin

mort dans l'âme venir au cercle
__________
alors elle change de corps
l'autre prend la possession
ce lieu ouvert là

dans de beaux draps
la transporter partout
peur qu'elle ne serve

mécano belle mécanique
à loisir l'on monte remonte
différente folle du même

 

AU PREMIER JOUR

la salle a été vidée
qu'il ne reste rien de cette nuit
les femmes rendues à la ville
leurs âmes ramenées fragiles
et toute boisson bue par l'égout

elle est là, pendue aux basques
- qui l'achète qui la jette -
- qui la vend végète -
pauvre fille s'dit l'intrus
je le suis jusqu'à sa rue
vous savez laquelle
pour être monté derrière elle

de l'argent à l'orgie - un monde
c'est le jour et la nuit
après les cercles vient la ronde
au turbin et basta - si ça plaît pas
tant pis - c'est la nuit
__________
et dans les jambes où la victime se couche
les corps ont chemins que géographes ignorent
des puits pour y puiser l'or
- espaces mangent qui va là -
à deux sommes la jungle et les lianes

forêt vierge, bêtes curieuses
ici fées provoquent fièvres
triangle, Bermudes, corps végétal
forêt se joue des hommes et leurs pogroms
mort impuissance minérale
or, alchimie creusent les tombes
__________
hors d'elle économique
la voici toutes les filles
sinon cette grue
que je n'ai pas connue

visage fait non à peindre
figure étonnement divin
l'absente magnifique
- une réchappée du temps
en sus
air parfait de la possédée
possédée du dedans
je n'ai pas dit
sa moue particulière
mutisme plus que boudeuse
bouche prise dans la glaise
l'art des statues
attitude la forme
donnent le mal
envie suivre empreinte
des miennes

mon corps empli de tatouages
mon corps très beau et vulgaire
mèches, sexe ondulent
bassin mobilité retorse
démarche sismique
je suis captivante
j'emprisonne

on me la dit vampire
crocs et seins dehors
à l'assaut
mythe à mal des boîtes
séduction aux lèvres de pourpre
séduction qui mord
mais rien je n'en crois
elle est humaine comme moi

hors d'elle économique
la voici toutes les filles
sinon cette grue
que je n'ai pas connue

visage intensité antique
rongé de rousseurs
regard parle ou se tait
obscurément
jeune fille elle est adorable
elle est tout ce que vous voulez
vulnérable pour qui veut voir
rien n'attaque en elle
quoi précéda chute

grains de beauté
gros comme poing
lilliputiens
grains partout tracent
ce corps disposé
détendu détenu
non offert sans effort
j'aime quand s'expose à tous
beauté moulue par endroits
autrefois des secrets
réserve pour amant
aujourd'hui à tous

est-elle chatte
autre animal des nocturnes
non, cela n'est pas
image classique
mille fois dite
autre chose
façon qu'elle a

suis-je une bête
pour tomber

ma tête se vide
c'est beau l'amour
ma tête
coupe-la-moi
- billot
bouffée d'avant toi
tu es délicieuse
__________
et ce premier jour arrive enfin
qui va réduire l'élan du va-et-vient
va rendre fées à leur royaume
et l'autre à lui-même

 

TROIS FOIS L'AMOUR
1. EN CUILLERE

j'aime te prendre en cuillère
douce cuillère nous modèle même forme
ton dos te résume ici
précipité de beauté

tes reins creusent des ravins
où raviner derrière toi
__________
j'aime te prendre à deux mains
guide comme ça le va-et-vient
réceptacle là pour recevoir
resserre mouvante étreinte

te prendre loin des schémas védiques
quand nous sommes à deux l'essentiel
j'entre pour ne pas ressortir
et nous montons
__________
si belle au creux de mon corps
tu me prends doucement
pendant que je me fais pendulaire

parler d'amour ou le taire
dans un souffle
je t'aime et je viens

 

TROIS FOIS L'AMOUR
2. C'EST AU TRIANGLE

c'est au triangle que je vais
aimant t'y boire
flamme de la femme aimée
mon almée littérale, elle danse
sous la langue de feu
son voleur le veut et t'embrase

afin de tressaillir
bête curieuse se laisse assaillir
ensevelie par la joie
elle t'y conduit malgré soi

venu aux lèvres
me fais faune pour les nymphes
incendiaire au buisson
que tout soit une brûlure du désir
- incandescence

 

TROIS FOIS L'AMOUR
3. FELA AU SAX

Fela au sax nous serpentons
impensable résistance à la danse
déhanchements des emboîtements - nos deux corps

musique des dieux irrésistibles
laquelle nous rend fous sensuels

bien que durs nous sommes de souples lianes
l'un enlacé à l'autre lacé à lui
voulant pendaison amoureuse
nous ne savons plus quoi à qui

l'un dans l'autre
nos corps vont à la luxuriance
nos esprits les suivent

 

LA FEMME BANDEE

j'aime jouer avec la femme bandée
lui passer sur le corps en sculpture
distance elle ignore qui est là
perdre ses yeux elle impénétrable
à genoux ne bouge pas attend
mains ouvertes sur les cuisses

faire ce qu'il faut
qu'elle parle langue des sirènes
dise beautés contenues dans son nom

déesse dominée pour la forme
privée du monde il ne reste qu'elle
son mystère noir afflue hors continent
tout s'accélère ventre un frémissement

offrande au totem je ne suis pas de bois
prendre la bouche et la poser là et là

on peut l'asseoir gentiment
gagner ses faveurs la mettre en feu
elle couve les braises couve un incendie

on peut la lier aussi
la préfère libre pierre par son désir
elle se donne à l'aveugle

la voir bandée on la croirait muette
mais elle parle dit mon nom
et surtout, n'arrête pas
__________
j'aime jouer la femme bandée
maîtresse du lieu geôlière des yeux
tu aiguises mes sens au-delà bienséance

en moi monte espace d'une église cela épuise
fille faite singulière à faire la statue
bras à l'arrière je me darde
que tu regardes fasciné deviennes la pierre

on peut m'asseoir gentiment
je suis la femme le pantin guidé par ta main
aussi bloc que tu ne peux assaillir

me change écritoire
et les mots doux sur corps dur
ouvrent brèches intranquilles
à deux doigts de la pierre

vient l'heure où j'aimerais voir
je sais c'est interdit
bras à ton cou
j'élance mon amour fou

garçonne t'emprisonne
ma fourche comme ma bouche

à la fin tu me laisses à lier

 

APRES L'AMOUR, DEFAIRE LA FILLE

son dos puissant sous moi luisant
ne s'oublie plus
c'est fini, l'amour quel amour
l'amour nous laisse cons
groggy d'avoir aimé
pour se désaimer

à vouloir tenir à tout prix
on tombe vite dans l'emphase
à deux ridicules - qui veut ça

temps maintenant de demander ta main
la chérir, en prendre soin
la ranger dans sa boîte
suivront parties jusqu'au blason

te mettre en jolies pièces, ma prisonnière
pouvoir à loisir te monter démonter remonter
très affolante beauté, objet de chacun des désirs
venir à son culte doux mais pervers

 

CHIRURGISTE

chirurgie sobriété maîtres mots
ensemble homogène d'instruments
__________
instrument métallique et froid incise
à travers surface grise une ouverture
d'où vie échappe
tout contrôle animal
chair et viscères n'apparaissent pas vitaux
quand recousu de fil blanc organisme ami
dépouillé des organes par geste sacrificateur
gît mais réanimé au bon désir du sauveur
__________
instrument forme serpe corrige désobéissance
commise façonne déesses futures et comestibles
ton doux mirage
moyennant finance
décapite adeptes culte irrésistible et beau
charpies remisées sous clé coffre forme tatouage
restes de l'offerte au terrible dieu cannibale
il ordonne sang et massacre à ses fils et filles
__________
instrument voix de son maître le dieu
pas futile instrument de la création
soumis et utilisé
lors des opérations
délicate fiancée l'esclave subit traitements les pires
pour prunelle de ses yeux qui pliera et s'échine
femelle à laquelle la voix ordonne toujours obéie
goûte substance chacun des esclaves présents du dieu
__________
instrument déesse puissance maximale
comme les autres objets sert visées secte cannibale
instances supérieures
stances celles dirigeantes
mettent en détresse, supplice, au pas à mal auto-stoppeuses
couronnent cercle de feu trône corps flamme moleste sacrificielle beauté
dit restes de l'offrande devenus reliques sanctifiées pour demain
des hommes et des dieux femme goûte sperme de chacun

 

ECARTELE LE BLASON C'EST SON NOM

le blason est pièce de boucherie
poésie presse là ses anthologies

pièce lingerie fine avec
intérieur de chair et de pouls
pulse communication

pièce close à la maison
obsédée prostitution féminine
y songwrite, sous-sol, délicatement chambrée
blason britannique en capture
___________
femme brillante accroupie
seins dans le V des bras
la taille un goulet

que dis-tu qu'oses-tu
tu n'a jamais vu

est-ce être misogyne que dire
je te veux femme
brûlante mais de moi
ton blason écartelé
comme un temps jadis

c'est une femme non
c'est une croix
avec ses bras m'embrasse
__________
femme est animal de l'étrange
aux yeux de mangas
yeux qui larmoient
menstrues

qui dit ça
sornettes d'un autre âge

seul compte -
le blason écartelé
- toi ma belle
le fil barbelé
toison cette fusion

à froid sang des anges
carnivores mangeurs d'hommes

seules comptent les armoiries
d'où l'amant guette le mari
__________
sois femme impossible
atteinte dans ta dignité
sous six pieds
par cent lames
au septième
sois femme

 

LE BANQUET DES POUPEES

c'est la déglingue
chaque amoureuse reconstruite
fonction de ce que dit l'esprit des collections
qui croit répétition possible

c'est la déglingue
leurs césures les défigurent
on dirait mes victimes signées Burton Tim
propres à refaire le sale

mes odalisques pur plastique
oh mes vénus aux puces
mes aphrodites trois-quart cuites
minois à la jambe de bois
oh mes Juliette mille miettes
moi Roméo mille morceaux
vous veux dissymétrie, boiteuses
vous êtes mes amoureuses

c'est la déglingue
afin de refaire festin
réunissons-nous autour des opérations
là sont les dieux voluptueux

c'est la déglingue
costumée l'ange nostalgie
plaisir à ravir pour la noce en l'appétit
mes amoureuses sur mesure

un mot comme cent : c'est la déglingue
et j'aime ça - délicieusement


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Feuillet 8 pages
1 euro (port compris)
Isbn 2-84717-040-5
© ambition chocolatée et déconfiture, lyon, 2005.

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Plus d'infos sur l'auteur
PHILIPPE BOLLONDI

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