Le carnet de voyage chinois de François.

20 décembre 2011 | Aucun commentaire

Catégories: Chine

Des notes prises par mon ami "François le Français" en Chine (étudiant avec moi dans la promo AMP EM Lyon 2011) au cours de notre voyage et qui traduisent de très belle façon les sensations qu'on peut ressentir là-bas, à Shangaï ou à Beijing. Laissez-vous porter.


 

Arrivée de nuit. Les premiers jours, cours à l’université. Une nuit noire et épaisse qui tombe tôt et vite. Le Shanghai du jour se dévoilera plus tard. Mes premières impressions se résumaient à une pollution très présente et qui se ressent physiquement (gorge vite irritée), un ciel bas, plombé et… beaucoup de monde, une alimentation locale salée-sucrée décevante sans savoir ce qu’on mange - l’exigence ou l’exception française certainement - aucune verdure dans Shanghai, des gens peu souriants qui marchent en donnant des coups d’épaules, sans vous voir… à l’image de ce pays à la culture millénaire qui avance vite - pour aller où, vers quel idéal ? - sans regarder dans le rétroviseur.

Cours à l’université (je passe une tête dans une vaste salle administrative, des bureaux open-space : une impression d’être dans les année cinquante (couleurs, mobiliers, enchevêtrement de fils électriques…). Rencontres et témoignages avec l’ex PDG d’ALCATEL en Chine, et le patron d’une société de vaccins, tous les deux français, échanges avec les patrons de l’EM Lyon à Shanghai, excursion à Hangzhou, une petite ville de… 6 millions d’âmes assez proche de Shanghai. Long trajet en bus. Des bouchons, des bouchons. C’est une ville assez prisée pour sa qualité de vie, même si pour y arriver nous traversons des kilomètres de faubourgs mornes et tristes, aux couleurs verdâtres, les façades des immeubles couvertes de climatiseurs individuels. Nous visitons un fabricant de lampes basse tension et de leds. D’après le brillant et sympathique consultant qui nous accompagnait, ce serait une usine 4 étoiles ! En 2008 une loi « impose » le paiement de charges sociales aux entreprises, mais… chaque Province fait ce qu’elle veut de la loi. Vous pouvez donc – c’était le cas de notre usine – ne pas payer de charges sociales, sachant qu’une entreprise étrangère ne peut se permettre ce type de fantaisie car elle est régulièrement contrôlée, la même entreprise chinoise, si elle le souhaite passe au travers, pas de contrôle pour elle. La différence de compétitivité entre les entreprises due à une inégalité de traitement intervient donc dès la source. Aucune productivité et des conditions de travail difficiles. D’autres entreprises sœurs existent juste à coté, mais… sans étoile.

Cette première impression s’est en partie modifiée dans la deuxième partie du voyage, avec plus de temps pour visiter cette ville surprenante. Un Shanghai des buildings (le « décapsuleur » , 500 mètres de haut, 40 secondes pour atteindre le sommet, les oreilles se bouchent…) un Shanghai de la vieille ville et de ses ruelles étroites. Comme à Venise, se perdre dans les petites rues qui grouillent de monde. C’est très sale, les odeurs vous prennent à la gorge. Une autre planète. Pittoresque et dépaysant, intéressant et étourdissant. Une impression aussi de course vers le néant, une population à l’apparente docilité et, le mot est peut-être fort, un brin déshumanisée. Mais pour l’entrepreneur c’est une ville pleine d’énergie, d’opportunités pour qui sait bien s’entourer. Assez fascinant finalement. L’envie de tenter l’aventure est présent.

Même à coté de vous dans l’avion, les Chinois sont des pétomanes avertis voire experts qui troublent nos oreilles chastes de français bien élevés. Ils excellent dans l’art d’éructer, de cracher, de roter. Une symphonie en rot majeur. Seuls au monde. Une étudiante du CPA que je ne citerais nous pas a donné une leçon d’intégration. Un cours magistral. Tout est possible, toute est réalisable …

Pudong, visite du jardin Yuyuan (2 hectares), dîner dans une rue sans aucun touriste, où les chinois populaires, les ouvriers se retrouvent pour « casser une graine ». Une crasse prégnante qui se confond avec la nuit où se dessinent en arrière plan les lumières des « grattes ciel » et le luxe. Le contraste est saisissant. Pas très faim de ce soir là. En revanche Stéphane et Anne-Laure dévorent à coté d’un chinois qui n’a pas de mouchoir… Ceci dit, un très bon moment.

Déjeuner avec des français qui dirigent un société de chasse de têtes (croissance de plus de 50% par an) => le constat est simple : de moins en moins d’occidentaux et de plus en plus de chinois aux postes clés. Entretien très intéressant.

Un choc, cette Chine. Heureusement que nous ne conduisons pas. Impossible. Entre les vélos, les scooters électriques (beaucoup alors qu’en France zéro !!!), les voitures, tout arrive n’importe où et n’importe comment. Ca marche tout de même assez bien malgré les 8.000 morts par an dus aux accidents de la circulation à Shanghaï (23 millions d’habitants). Anne-Laure ferme les yeux en poussant des cris de poulette apeurée.

Costumes sur mesures en 4 jours. Impeccable pour un prix impeccable lui aussi. Livraison possible à l’hôtel.

Si la Chine devait poursuivre sur sa lancée, nous avons du souci à nous faire ! Il faut être sur place pour s’en rendre compte, sentir et se faire sa propre opinion, sans les médias TV en France qui préfèrent concentrer leurs news sur les primaires socialistes, sur DSK, sur les tensions entre les écolos et le PS .

La France risque de devenir un musée. Je ne le souhaite pas, mais il faut que l’Europe et les USA fassent immédiatement une vraie révolution, instaurent des taxes visant à réduire les déséquilibres, ce qui, malheureusement relève de l’utopie. Comment se battre et réussir face à cette puissance de feu ? Je ne connais pas les autres pays qui composent les BRICS mais quand on sait que la Chine risque d’être supplantée par l’Inde (une vraie démocratie et une démographie forte, une empreinte anglaise structurante), ça laisse songeur.

C’est peut-être aussi un colosse aux pieds d’argile qui doit faire face à des problématiques lourdes qui assombrissent fortement les perspectives de croissance et la pérennité.

La Chine s’empoisonne. La pollution est présente partout et la population, impuissante, doit faire face à des scandales alimentaires en série (huiles frelatée distillée à partir des restes récupérés dans les restaurants, fruits de mer aux métaux lourds, abus de produits chimiques….). La liste est longue et franchement peu ragoutante. La dernière couverture de Courrier International «Quand la Chine s’empoisonnera » illustre bien cette tendance où « la peur est bout des baguettes ».

Autres risques majeurs :
· le soulèvement des provinces (un peu comme en Russie pour faire un raccourci). Il y a environ 90 000 (eh oui, c’est le chiffre officiel) émeutes par an dans le pays. La disparité entre les provinces de l’ouest (pauvres) et celles de Shanghaï ou Beijing où une richesse indécente s’étale sans pudeur ou retenue, mais aussi au sein même des populations des provinces riches, creuse les inégalités et alimente les frustrations. Le chinois qui réussit est à l’opposé du lyonnais : il faut montrer et se montrer, n’acheter que des marques.
· une corruption à tous les niveaux,
· une démographie négative à l’horizon 2030 – 2040,
· de sérieux problèmes énergétiques structurels, manque de matières premières,
· des salaires qui augmentent de 20% à 30% par an (ça fait rêver tout de même), …

Mes premières impressions : une espèce d’anarchie savamment organisée, très élaborée, sous contrôle pour l’instant (70 millions de chinois ont leur carte du Parti) où la spiritualité est inexistante et où seul l’argent est roi. Tout est possible pour y arriver et engranger les « pépètes ». Le pays de l’imitation, permise par les autorités. Tout est faux… sauf les Patek Philip et autres Vacheron Constantin… Clin d’œil à un étudiant qui se reconnaitra. C’est assez déconcertant. On peut penser aussi que cette culture du faux imprime dans l’inconscient collectif des étrangers une image dégradée de la Chine qui risque de durer longtemps. Comment acheter un Ipad quand on sait que plusieurs magasins Apple Store étaient faux du sol au plafond ! Vous n’achetez pas, à la différence de Hong Kong où il n’y a aucun problème.

Un nouvel eldorado trompeur. Un pays éminemment compliqué et complexe (différences énormes entre le pouvoir politique central qui donne les grandes orientations et le pouvoir opérationnel de chaque province qui fait ce qu’il veut), une intelligence politique orientée sur l’après demain. Le temps est une arme chinoise. Tout va très vite en Chine mais toujours avec une vision à (très) long terme.

Même si ma première impression est contrastée et les risques de s’implanter et « se planter » sont bien réels, il peut y avoir un certain intérêt à venir tenter l’aventure, certainement de préférence à Hong Kong si j’en crois les copains qui y sont allés.

Le maître mot : les réseaux et savoir très bien s’entourer. A la différence de notre culture, il n’y a aucune frontière entre les réseaux professionnels et personnels. Tout est mélangé et se confond. Votre « ami » l’est-il pour ce que vous êtes ou pour ce que vous représentez et pouvez lui apporter ? En Chine, l’amitié telle que nous la concevons en France n’existe a priori pas.

Les années Mao appartiennent à un passé révolu, et la Chine veut prendre sa revanche sur le monde, après des décennies où elle a vécu repliée sur elle-même. La montée d’un nationalisme fort conforte cette tendance : le Chinois n’a apriori aucune considération pour l’étranger (européen, américain, …) qui travaille chez lui. Il sait que demain il occupera sa place. Taïwan redeviendra chinois. La seule question : quand ?

Nous ne pouvons que mesurer la chance d’habiter en France.
C’est fou. Un petit paradis la France. Pas pour tout le monde certes mais la Vieille Europe offre encore une telle qualité de vie !

Beijing. Magnifique hôtel à Beijing qui se situe dans ce qui serait l’équivalent de la Vème avenue à New York. Les palaces se succèdent les uns aux autres. Dans le pays du communisme c’est tout de même frappant ! Les grandes marques françaises sont aux coins de chaque rue. Personne dans les magasins.

Course à pieds le matin tôt avec Stéphane sur la place Tiananmen étroitement surveillée par la police et les RG (Julien, en visite, peut témoigner !) ; balade sur la grande muraille (qui se voit parait-il de la lune), et dans la Citée Interdite (75 hectares en plein centre de Beijing). C’est bien, mais quand on connait Versailles …

Les échanges avec les Chinois qui parlent anglais ne sont pas toujours aisés, surtout quand on ne pratique pas beaucoup comme moi. Je reste donc « François le Français ! » même si j’ai une furieuse envie de m’y remettre, c’est parfois sportif. Heureusement Yves et surtout Richard (mon interprète attitré) viennent à mon secours. La grande classe.

Je goutte par curiosité un serpent, dans le marché de nuit. Raoul déguste blattes, scorpions, larves grillés avec régal.

Si la Chine est la deuxième puissance économique mondiale, devant le Japon, il lui reste du chemin à parcourir pour atteindre les sommets du classement en termes de PIB par habitant où elle n’occupe que le 126ème rang. C’est l’un des paradoxes de ce pays.

Le marché du macaron a de beaux jours devant lui. Les chinois en sont friands. Les cartes de visites de Gaelle partent comme des petits pains. Explorer le champ des possibles sans jamais casser du sucre sur « la durée » voilà l’objectif ! Les FCS (Facteurs Clés de Succès) pour s’implanter sur le marché chinois seraient-ils de vite briller à Paris, d’accélérer le mouvement dans les grandes capitales européennes pour finir au sprint à Shanghai ? Le Chinois achète une image et une marque avant tout.

Un grand bravo à Michel l’expert logistique de ce périple (un sans faute), Stéphane notre gestionnaire, et Raoul, notre Président, pour l’organisation.

Je jetterai un voile pudique sur les soirées shanghaïennes d’une rare intensité qui n’appartiennent qu’à la promo, et nous ont permis de mieux se connaître. Des personnalités « hors normes » se sont révélées…

François Lafay
Directeur chez Kurt Salmon



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